La stratégie énergétique québécoise :
Se positionner sur les projets d’énergie électrique mondiaux

Par Daniel Laplante, p.-d. g. de l’Association de l’industrie électrique du Québec

Le gouvernement du Québec est présentement en consultation pour élaborer sa stratégie énergétique. Une telle initiative doit assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques, le maintien de la compétitivité de l’économie, et ce, dans le respect de l’environnement. Cette stratégie, à notre avis, doit proposer une vision plus large…

Au Québec, comme au Canada d’ailleurs, les grands projets d’infrastructures électriques seront moins nombreux au cours des prochaines années. Le Québec a régulièrement connu des périodes de surplus d’électricité qui ont amené des baisses d’investissements en production, lesquelles ont toujours été suivies de reprises des besoins en énergie. Malgré le creux actuel, il est primordial que la politique énergétique soutienne l’industrie électrique du Québec afin d’éviter de perdre une expertise qui nous sera utile à court et moyen termes.

L’industrie électrique n’est pas composée que de producteurs d’électricité. Au cours des dernières décennies, il s’est développé un écosystème complet de manufacturiers, sous-traitants, firmes de génie, entrepreneurs en construction et offreurs de services. Cette partie de l’industrie, en excluant les producteurs, compte plus de 15 000 emplois hautement spécialisés et plus de 400 établissements. Malgré la période plus creuse à venir en matière d’investissement en production, la politique énergétique devra continuer à favoriser l’essor de l’industrie. Notons que celle-ci joue un rôle majeur dans la sécurité des approvisionnements énergétiques parce que c’est cette industrie qui construit et entretient les infrastructures électriques.

Parmi les solutions visant à favoriser l’essor de l’industrie électrique, la politique énergétique doit envisager le développement de marchés extérieurs.

Pour permettre à notre industrie de créer encore plus d’emplois, il faut miser sur le savoir-faire acquis sur notre territoire; un savoir-faire que nous pouvons ensuite exporter.

L’expertise québécoise pourrait être bien accueillie sur certains continents, à condition que notre stratégie soit efficace.

À titre d’exemple, l’Afrique s’est engagée dans une démarche sérieuse d’électrification, en s’appuyant surtout sur l’hydroélectricité. Elle a créé un programme d’investissement de plusieurs milliards de dollars, lequel est chapeauté par la Banque africaine de développement et appuyé par plusieurs pays occidentaux. D’ici 2040, l’Afrique investira plusieurs milliards de dollars américains dans les infrastructures électriques (programme PIDA). Elle compte présentement sur un premier grand succès avec le projet hydroélectrique « Renaissance ». Situé en Éthiopie, ce projet est en chantier depuis 2013. Il représentera un investissement de 3,2 milliards de dollars.

De nombreux autres projets verront le jour au cours des prochaines années et le Québec pourrait atteindre plusieurs objectifs avec le continent africain. Il pourrait assurer le maintien de l’expertise québécoise, en plus d’impliquer ses financiers, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec, dans le financement de programmes d’infrastructures électriques. En plus de participer au développement d’une Afrique faiblement émettrice de GES, le Québec pourrait solidifier ses liens avec des pays membres de la francophonie.

Bien sûr, l’Afrique n’est qu’un exemple; il y a d’autres occasions d’affaires à considérer. Pensons à la mise à niveau des infrastructures vieillissantes au Canada et aux États-Unis. Pour leur part, nos voisins du Sud souhaitent augmenter leur production hydroélectrique. Il y a aussi l’Amérique latine, dont le Mexique s’engage dans un grand projet d’électrification. Ce ne sont là que quelques exemples.

Le Québec a tout à gagner en misant sur son expertise de haut niveau pour assurer son développement économique. La prochaine stratégie énergétique doit assurer le maintien de l’écosystème de la filière électrique québécoise. Dans ce contexte, il y a lieu de développer une stratégie afin d’accroître les ventes de notre expertise à l’étranger.

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