Le développement des infrastructures électriques est un incontournable pour l’atteinte des objectifs de réduction des GES

Au terme de deux semaines d’intenses discussions dans le cadre de la COP26, on ne peut que s’inquiéter du peu de progrès accompli pour convenir d’un plan d’action cohérent et crédible pour réduire notre dépendance globale aux énergies fossiles.

Avec raison, plusieurs ont manifesté leur déception quant à la faiblesse des engagements concrets à court terme pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), pendant que d’autres ont tenu à souligner certaines avancées, notamment la mention sur la nécessité de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Mieux vaut tard que jamais !

Il faut applaudir les efforts accomplis par d’innombrables intervenants impliqués depuis des mois pour faire progresser l’ensemble des pays vers la résolution d’un problème d’une grande complexité. Cette édition de la COP aura permis, données scientifiques à l’appui, de réitérer l’urgence d’agir : l’humanité a peu de temps pour s’engager avec détermination dans la course pour limiter le réchauffement du climat.

À peu près au même moment, nous prenions connaissance du résultat du processus de consultation des citoyens du Maine concernant le projet New England Clean Energy Connect (NECEC) d’exportation d’hydroélectricité d’Hydro-Québec vers le Maine et le Massachusetts.
Or, même dans ce contexte d’urgence climatique, ce projet phare pour la décarbonation du Nord-Est américain (une diminution de 3 millions de tonnes de GES par année, l’équivalent du retrait des routes de 700 000 véhicules) se retrouve contesté. Un projet, faut-il le rappeler, qui a obtenu tous ses permis, tant au niveau du Maine que du côté fédéral américain, après trois ans d’examen et de consultations publiques, durant lesquelles les citoyens du Maine ont eu largement l’occasion de se faire entendre.

Certains y verront l’expression d’un processus démocratique ou les citoyens sont appelés à se prononcer sur un enjeu clair avec des arguments rigoureux de part et d’autre. Mais la réalité est toute autre. Que ce soit par le fait que la campagne contre ce projet ait été financée par plusieurs entreprises du domaine des énergies fossiles ; ou par l’utilisation en façade de quelques groupes locaux appuyés financièrement par ces mêmes intérêts, plusieurs citoyens du Maine ont été trompés par des arguments fallacieux.
Une des leçons à en tirer est que, malgré leurs impacts bénéfiques sur le plan environnemental, des projets phares comme NECEC, permettant des progrès significatifs vers l’objectif de réduction de GES souhaités par la COP26, feront malgré tout l’objet d’une opposition féroce. Notamment de la part de conglomérats puissants souhaitant protéger à tout prix leur intérêt dans les énergies fossiles, et leur position monopolistique de fournisseurs d’énergie dans certaines régions.

Or, pour décarboner nos économies, des choix difficiles nous attendent. Beaucoup plus déchirants que ceux de consentir aux impacts relativement limités de projets comme le NECEC. Sans nouvelle interconnexion notamment, sans maillage accru de nos réseaux d’électricité, l’intégration à grande échelle de nouvelles ressources d’énergies renouvelables intermittentes (éolien et solaire en majorité), essentielles à la décarbonation de l’économie, devient improbable.

Mais il y a de l’espoir : les adeptes de l’idée de rendre plus accessible à un plus grand nombre une électricité décarbonée sont de plus en plus nombreux, de part et d’autre de la frontière.

Nous joignons nos voix pour soutenir les nombreuses parties prenantes impliquées en faveur de la transition énergétique, autant au Québec que chez nos voisins américains, et les encourageons à poursuivre un dialogue constructif avec les populations concernées, tout en maintenant les efforts pour la réalisation du projet d’interconnexion NECEC et d’autres projets semblables de décarbonation.

Gardons à l’esprit que la transition énergétique ne sera pas l’affaire de quelques années, mais bien de quelques décennies. Si le bon sens prévaut, ce projet va se réaliser, car il s’inscrit dans notre intérêt collectif, comme citoyens du monde.

Signataires :
– Denis Tremblay, président-directeur général de l’Association de l’industrie électrique du Québec (AIEQ)
– Yvan Cliche, fellow, Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM)
– Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie, professeur titulaire HEC Montréal
– Bernard Bigras, président-directeur général de l’Association des firmes de génie (AFG)
– Normand Mousseau, professeur de physique, Université de Montréal, et directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier (IET), Polytechnique Montréal
– Philippe Dunsky, président, Dunsky Énergie+Climat
– Anne-Raphaelle Audouin, présidente-directrice générale, Hydroélectricité Canada
– Catherine Loubier, ex-déléguée générale du Québec à New York

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